« Il y a aujourd’hui un champ d’innovation énorme qui s’est ouvert autour du streaming (…) Il ne s’agit pas de l’avenir, mais bel et bien du présent. » Interview de Denis Ladegaillerie par l’Irma.

Denis Ladegaillerie est le fondateur et PDG de Believe Digital (…). Avant de créer Believe, Denis a exercé les fonctions de directeur stratégique et financier des activités numériques de Vivendi Universal aux Etats-Unis. Il a été en charge des activités du premier service de musique digitale (eMusic), du premier réseau social consacré à la musique (MP3.com) et de Rollingstone.com.

 

- Pouvez-vous présenter l’offre de services de Believe ?

Depuis 2005, notre cœur de métier, c’est d’accompagner des producteurs de musique indépendants et des artistes à se développer. Nous proposons un ensemble de services adaptés aux artistes et aux labels, quel que soit leur niveau de développement, dans lequel ils peuvent piocher en fonction de leurs besoins. Cela va d’un service d’autodistribution comme Tune Core à destination d’artistes qui n’ont pas nécessairement l’ambition d’être professionnels, mais souhaitent être distribués en numérique, jusqu’à des labels et artists services complets sur lesquels on peut assurer un accompagnement du processus créatif, de l’investissement dans la production et le développement, en France et à l’international. Nous fournissons aussi des services de gestion de projet, de coordination de promotion, de marketing, sur de la vidéo par exemple, comme pour Queen en Angleterre ou Grand Corps malade en France.

Notre approche est totalement différente de celle des majors. On ne force pas les services comme dans le cadre d’un 360°, on propose des services que nos clients sont libres d’utiliser ou non. Nos atouts sont notre présence à l’international et nos savoir faire en matière de technologie et de marketing numérique. Nous développons par exemple une solution de gestion des droits voisins au niveau mondial. Notre présence dans de nombreux pays nous permet de collecter les droits. Notre expertise technologique nous permet de nous interfacer avec les différentes sociétés de gestion collective, de la même manière que nous le faisons avec les services de distribution.

- Quelles sont les différences entre Zimbalam et Tune Core ?

Il y a une très légère différence d’offre commerciale, mais le service est quasiment identique : permettre de rendre disponible la musique sur les plateformes de streaming audio et vidéo et de téléchargement. On ne rend pas de services additionnels de marketing/promo ou de conseil. C’est une solution simple et automatisée accessible à tous les artistes, qui s’adresse en priorité à ceux qui sont en début de développement, quel que soit le pays et l’esthétique. C’est un premier outil. Certains l’utilisent comme un tremplin. Major Lazer a commencé sur Tune Core, qui le distribue encore sur l’Amérique du Nord. Idem pour Passenger.

 

- Et pour les clients qui souhaitent bénéficier de services supplémentaires ?

Nous négocions et signons un contrat. Tous les cas de figure sont envisageables. Ce peut être un label qui a besoin de conseil ou de prestations en marketing/promo pour une sortie. Un label de dance comme Scorpio music vient chercher chez nous les compétences en distribution et marketing numérique sur la vidéo ainsi qu’un accompagnement sur leurs sorties d’albums ou de compilations, pour de la mise en avant sur les plateformes. Ce peut être un label qui souhaite se développer spécifiquement sur un ou plusieurs territoires. Nous les mettons alors en cheville avec différents partenaires locaux qui vont les aider dans leurs campagnes de promo, ou leur permettre d’identifier des promoteurs radio. Ce peut aussi être des artistes comme Youssoupha ou Grand Corps Malade qui souhaitent être accompagnés globalement, sur l’investissement et la stratégie. Dans ces cas-là, nous jouons quasiment le rôle de la maison de disques. A ceci près que l’artiste reste propriétaire de ses droits. Il nous les confie pour une période d’exploitation. Et la rémunération que nous offrons est très nettement supérieure à ce qu’il aurait ailleurs.

- Revenons un peu en arrière. Quand vous créez Believe, en 2005, c’est un sacré pari non ?

Je me souviens des premiers rendez-vous. Finalement, c’était assez simple pour nous. Les gens nous regardaient comme des martiens. Ils ne comprenaient pas ce que nous voulions faire avec leurs droits numériques. Cela ne représentait pas grand chose, éventuellement un peu de ringtones. Ils vendaient encore essentiellement en physique. C’était un peu : « allez vous amuser avec ça, et si jamais cela génère un peu d’argent, ce sera une bonne surprise ». Dans l’écosystème musical, ils étaient très peu nombreux à croire réellement que le numérique représentait l’avenir.

- Qu’est-ce qui vous décide à créer Believe, à un moment ou la musique numérique est à peine en train d’éclore ?

J’ai été un utilisateur de la première heure d’iTunes, dès son lancement en 2003. La facilité d’utilisation de la musique numérique m’a immédiatement convaincu que l’avenir était là, que l’on assisterait à une substitution des modes de consommation. Aujourd’hui, personne ne peut sérieusement remettre cela en cause, même si la France n’est pas la plus en pointe dans le domaine. Aux États-Unis, 75% des revenus du marché sont issus du numérique. Il y aura toujours un peu de CD et de vinyle dans les 10 années à venir, mais on sera à 90% sur du numérique. C’était le sens de l’histoire pour nous, dès le début des années 2000. La seule inconnue, c’était la vitesse de transition du marché, et d’avoir la force nécessaire pour tenir jusque-là. Aujourd’hui l’accélération de l’adoption du streaming par les utilisateurs valide nos choix.

- Aujourd’hui, la transition numérique est-elle définitivement installée ?

L’impact de la révolution numérique sur les producteurs de musique n’a pas encore été pleinement intégré d’un point de vue créatif. Notamment sur les formats. On commence à voir se multiplier des formats plus courts, plus créatifs sur le plan audiovisuel. De même, la numérisation du marché l’a internationalisé. C’est une chance énorme pour un pays comme la France, qui est très riche en production de musiques du monde et de musiques électroniques. La musique se diffuse instantanément partout, et les producteurs ont besoin d’être accompagnés pour ne pas se noyer dans ces mutations. Pour ceux qui n’ont pas fait les investissements nécessaires, c’est très difficile voire impossible à rattraper.

- Quels sont aujourd’hui les domaines d’innovation forts pour la musique enregistrée ?

Il y a aujourd’hui un champ d’innovation énorme qui s’est ouvert autour du streaming, qui demande des investissements forts et de l’expertise pointue. On a désormais accès à une quantité d’informations phénoménale sur la consommation de la musique, en temps réel. Et c’est exponentiel. On est déjà au-delà du big data. Il faut être outillé dès maintenant pour suivre le mouvement. Il ne s’agit pas de l’avenir, mais bel et bien du présent.

Nous sommes aujourd’hui les seuls au monde à proposer un outil d’analyse heure par heure sur différents services (iTunes, Spotify…) de la présence des titres ou albums que l’on distribue dans les tops des ventes. Ce monitoring en temps réel a une valeur énorme. Imaginez que vous alliez voir des diffuseurs radios avec la pénétration en temps réel du titre que vous venez de sortir sur leur territoire. Vous pouvez leur dire : « j’ai publié le titre à 14 heures. A 17h, il était 150e du top des ventes, 12e à 21h, et la courbe continue de monter. L’utilisateur moyen a écouté 6 fois le titre ». Ce sont autant d’arguments pour inciter la radio à l’intégrer dans sa rotation et le diffuser plus régulièrement. Disposer de l’information en temps réel est primordial pour promouvoir la musique. Aujourd’hui, c’est possible.

 

Lien de l’article : http://www.irma.asso.fr/On-est-aujourd-hui-pleinement

 

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