
Denis Ladegaillery, fondateur et président de la maison de disques numérique Believe. DR
Denis Ladegaillerie, le fondateur de la maison de disques numĂ©rique Believe prĂ©dit la disparition du marchĂ© du CD physique d’ici deux Ă trois ans. Patricia Kaas, Soko ou les Fatal Picards ont signĂ© avec lui pour assurer leur diffusion numĂ©rique. Interview.
Le dernier Midem l’a confirmĂ©. Sur le marchĂ© de la musique, les artistes sont de plus en plus nombreux s’Ă©carter des majors. Pour se tourner vers une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’acteurs Ă l’instar de Believe. Patricia Kaas, MC Solar mais aussi Barbara Hendricks, Bob Sinclar, Soko, ou Les Fatals Picards ont optĂ© pour cette maison de disques oĂą les CD ont disparu. Et oĂą les distributeurs s’appellent iTunes, Rhapsody, Napster, T-Online, MusicMe ou Deezer. Pour Denis Ladegaillerie, fondateur et prĂ©sident de Believe, la distribution numĂ©rique permet d’amener des titres en dĂ©veloppement au top des ventes de façon beaucoup plus rapide. Entretien.
Comment vous définissez-vous ?
Nous sommes une maison de disques numĂ©rique. Nous faisons la mĂŞme chose qu’Universal, EMI ou Warner sauf que nous ne fabriquons et ne distribuons pas de CD. De toute façon, dans deux ou trois ans, le marchĂ© des CD physiques aura totalement disparu. Nous dĂ©veloppons des artistes, puis nous les distribuons Ă travers diffĂ©rents services de tĂ©lĂ©chargement ou d’abonnement (iTunes, Napster, MusicMe, Rhapsody, Deezer, Amazon,…). Nous disposons d’Ă©quipes qui assurent leur promotion et leur suivi marketing dans tous les pays oĂą nous nous trouvons.
Vous rentrez donc en concurrence frontale avec les maisons de disques conventionnelles ?
Clairement. Nous sommes lĂ pour signer des contrats avec les artistes. Et la grosse diffĂ©rence avec elles, c’est que nous n’avons pas Ă gĂ©rer la dĂ©croissance du marchĂ© physique !
Qu’est-ce qui pousse des artistes de renom comme Patricia Kaas ou MC Solar Ă venir chez vous ?
Aujourd’hui, grâce au numĂ©rique, tous les artistes quel que soit leur niveau de dĂ©veloppement ont la possibilitĂ© de se produire eux-mĂŞmes pour des coĂ»ts bien moins Ă©levĂ©s que s’ils utilisaient les services et les infrastructures d’une Major. Pour autant, ils ne peuvent, par eux-mĂŞmes, avoir accès aux grands mĂ©dias vidĂ©os comme Yahoo, MSN, Dailymotion, YouTube ou aux sites de tĂ©lĂ©chargement. C’est aussi ce que nous leur permettons. Un autre point diffĂ©renciant porte sur le coĂ»t du CD, extrĂŞmement Ă©levĂ©. En numĂ©rique, une fois la technologie installĂ©e, un fichier peut ĂŞtre disponible partout dans le monde en un clin d’oeil et pour un coĂ»t dĂ©risoire. L’Ă©conomie logistique est Ă©norme. Ensuite, on peut disposer d’un contact direct avec l’audience, on peut suivre prĂ©cisĂ©ment l’Ă©volution des ventes, dĂ©cider d’acheter de la publicitĂ©. In fine, on Ă©conomise beaucoup d’argent qui, du coup, peut se retrouver dans la poche de l’artiste.
Le numérique serait donc une bonne affaire pour eux ?
Ce système leur est beaucoup plus favorable. Il faut tordre le cou Ă l’idĂ©e que les artistes sont moins rĂ©munĂ©rĂ©s par le modèle numĂ©rique. Ă€ l’exception des services financĂ©s par la publicitĂ© oĂą la rĂ©munĂ©ration est nettement plus faible, les services par tĂ©lĂ©chargement ou abonnement comme MusicMe, Napster ou Rhapsody leur proposent une alternative intĂ©ressante. Un morceau est vendu en tĂ©lĂ©chargement 99 centimes d’euros sur iTunes. Sur ce montant, Believe perçoit 71 centimes, soit plus de 70% du prix de vente, et nous en reversons 70% Ă l’artiste. In fine, celui-ci touche donc plus de 50% du prix de vente initial. Dans une maison de disques classique, s’il est sous contrat, il obtient un taux de rĂ©munĂ©ration de 12% du prix de vente de l’album auquel sont appliquĂ©s diffĂ©rents abattements. Dans certains cas, ce qu’il touche ne dĂ©passe pas 5% du prix de vente !
Ce modèle est-il applicable Ă l’identique aux jeunes artistes en dĂ©veloppement ?

En 2 ans, Soko a vendu 50.000 albums, 270.000 titres à l'unité et perçu 100.000 euros de royalties.
Prenons l’exemple de Soko. Elle a signĂ© il y a deux ans chez nous. Elle a vendu depuis un total de 50 000 albums et 270 000 titres Ă l’unitĂ© en tĂ©lĂ©chargement ou en Ă©coute. Pour cette exploitation, elle a perçu 100 000 euros de royalties. Ă€ titre de comparaison, l’un des plus gros artistes sur le marchĂ© français, sous contrat avec une des quatre majors a perçu 90 000 euros pour 200 000 albums vendus.
Quelle est la part du marchĂ© numĂ©rique aujourd’hui ?
En France, il représente 15% des ventes totales, soit un album sur 6. Ce chiffre varie toutefois en fonction des courants musicaux.  Dans le monde, un album sur trois est vendu en numérique. Aux Etats-Unis, ce chiffre oscille déjà entre 50 et 75%. Un artiste français vend en moyenne dans le monde 40% de sa musique en numérique.
Selon vous, l’abandon des DRM va-t-il dynamiser le marchĂ© ?
Oui, absolument. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y aura plus de DRM que les prix vont augmenter. Apple a tenu ce discours, forcĂ© par les majors. Il est vrai que ce sont les premiers acteurs bloquants sur ce marchĂ© !
Fiche d’identitĂ©: Believe
Domaine d’activitĂ© : maison de disques numĂ©rique
Année de création : 2005
Effectifs : 45 personnes (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis)
Dirigeant et fondateur : Denis Ladegaillerie
Capital : 222 860euros
Levée(s) de fonds : 2Meuros en octobre 2007 (XAnge) et 4Meuros en septembre 2008 (XAnge/Ventech)
Actionnaire(s) : Denis Ladegaillerie / XAnge, Ventech, FastNet Investissement
Chiffre d’affaires 2008 : 6Meuros
Concurrents : Universal, Warner, Sony, EMIddd

