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Denis Ladegaillerie (Believe): « Le modèle numérique est beaucoup plus favorable aux artistes »

28 January 2009 17:42
L’Expansion.com 23/01/2009 15:06:00  - L’Expansion.com
Denis Ladegaillery, fondateur et président de la maison de disques numérique Believe. DR

Denis Ladegaillery, fondateur et président de la maison de disques numérique Believe. DR

Denis Ladegaillerie, le fondateur de la maison de disques numĂ©rique Believe prĂ©dit la disparition du marchĂ© du CD physique d’ici deux Ă  trois ans. Patricia Kaas, Soko ou les Fatal Picards ont signĂ© avec lui pour assurer leur diffusion numĂ©rique. Interview.

Le dernier Midem l’a confirmĂ©. Sur le marchĂ© de la musique, les artistes sont de plus en plus nombreux s’Ă©carter des majors. Pour se tourner vers une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’acteurs Ă  l’instar de Believe. Patricia Kaas, MC Solar mais aussi Barbara Hendricks, Bob Sinclar, Soko, ou Les Fatals Picards ont optĂ© pour cette maison de disques oĂą les CD ont disparu. Et oĂą les distributeurs s’appellent iTunes, Rhapsody, Napster, T-Online, MusicMe ou Deezer. Pour Denis Ladegaillerie, fondateur et prĂ©sident de Believe, la distribution numĂ©rique permet d’amener des titres en dĂ©veloppement au top des ventes de façon beaucoup plus rapide. Entretien.

Comment vous définissez-vous ?

Nous sommes une maison de disques numĂ©rique. Nous faisons la mĂŞme chose qu’Universal, EMI ou Warner sauf que nous ne fabriquons et ne distribuons pas de CD. De toute façon, dans deux ou trois ans, le marchĂ© des CD physiques aura totalement disparu. Nous dĂ©veloppons des artistes, puis nous les distribuons Ă  travers diffĂ©rents services de tĂ©lĂ©chargement ou d’abonnement (iTunes, Napster, MusicMe, Rhapsody, Deezer, Amazon,…). Nous disposons d’Ă©quipes qui assurent leur promotion et leur suivi marketing dans tous les pays oĂą nous nous trouvons.

Vous rentrez donc en concurrence frontale avec les maisons de disques conventionnelles ?

Clairement. Nous sommes lĂ  pour signer des contrats avec les artistes. Et la grosse diffĂ©rence avec elles, c’est que nous n’avons pas Ă  gĂ©rer la dĂ©croissance du marchĂ© physique !

Qu’est-ce qui pousse des artistes de renom comme Patricia Kaas ou MC Solar Ă  venir chez vous ?

Aujourd’hui, grâce au numĂ©rique, tous les artistes quel que soit leur niveau de dĂ©veloppement ont la possibilitĂ© de se produire eux-mĂŞmes pour des coĂ»ts bien moins Ă©levĂ©s que s’ils utilisaient les services et les infrastructures d’une Major. Pour autant, ils ne peuvent, par eux-mĂŞmes, avoir accès aux grands mĂ©dias vidĂ©os comme Yahoo, MSN, Dailymotion, YouTube ou aux sites de tĂ©lĂ©chargement. C’est aussi ce que nous leur permettons. Un autre point diffĂ©renciant porte sur le coĂ»t du CD, extrĂŞmement Ă©levĂ©. En numĂ©rique, une fois la technologie installĂ©e, un fichier peut ĂŞtre disponible partout dans le monde en un clin d’oeil et pour un coĂ»t dĂ©risoire. L’Ă©conomie logistique est Ă©norme. Ensuite, on peut disposer d’un contact direct avec l’audience, on peut suivre prĂ©cisĂ©ment l’Ă©volution des ventes, dĂ©cider d’acheter de la publicitĂ©. In fine, on Ă©conomise beaucoup d’argent qui, du coup, peut se retrouver dans la poche de l’artiste.

Le numérique serait donc une bonne affaire pour eux ?

Ce système leur est beaucoup plus favorable. Il faut tordre le cou Ă  l’idĂ©e que les artistes sont moins rĂ©munĂ©rĂ©s par le modèle numĂ©rique. Ă€ l’exception des services financĂ©s par la publicitĂ© oĂą la rĂ©munĂ©ration est nettement plus faible, les services par tĂ©lĂ©chargement ou abonnement comme MusicMe, Napster ou Rhapsody leur proposent une alternative intĂ©ressante. Un morceau est vendu en tĂ©lĂ©chargement 99 centimes d’euros sur iTunes. Sur ce montant, Believe perçoit 71 centimes, soit plus de 70% du prix de vente, et nous en reversons 70% Ă  l’artiste. In fine, celui-ci touche donc plus de 50% du prix de vente initial. Dans une maison de disques classique, s’il est sous contrat, il obtient un taux de rĂ©munĂ©ration de 12% du prix de vente de l’album auquel sont appliquĂ©s diffĂ©rents abattements. Dans certains cas, ce qu’il touche ne dĂ©passe pas  5% du prix de vente !

Ce modèle est-il applicable Ă  l’identique aux jeunes artistes en dĂ©veloppement ?

En 2 ans, Soko a vendu 50.000 albums, 270.000 titres à l'unité et perçu 100.000 euros de royalties.

En 2 ans, Soko a vendu 50.000 albums, 270.000 titres à l'unité et perçu 100.000 euros de royalties.

Prenons l’exemple de Soko. Elle a signĂ© il y a deux ans chez nous. Elle a vendu depuis un total de 50 000 albums et 270 000 titres Ă  l’unitĂ© en tĂ©lĂ©chargement ou en Ă©coute. Pour cette exploitation, elle a perçu 100 000 euros de royalties. Ă€ titre de comparaison, l’un des plus gros artistes sur le marchĂ© français, sous contrat avec une des quatre majors a perçu 90 000 euros pour 200 000 albums vendus.

Quelle est la part du marchĂ© numĂ©rique aujourd’hui ?

En France, il représente 15% des ventes totales, soit un album sur 6. Ce chiffre varie toutefois en fonction des courants musicaux.   Dans le monde, un album sur trois est vendu en numérique. Aux Etats-Unis, ce chiffre oscille déjà entre 50 et 75%. Un artiste français vend en moyenne dans le monde 40% de sa musique en numérique.

Selon vous, l’abandon des DRM va-t-il dynamiser le marchĂ© ?

Oui, absolument. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y aura plus de DRM que les prix vont augmenter. Apple a tenu ce discours, forcĂ© par les majors. Il est vrai que ce sont les premiers acteurs bloquants sur ce marchĂ© !

Fiche d’identitĂ©: Believe
Domaine d’activitĂ© : maison de disques numĂ©rique
Année de création : 2005
Effectifs : 45 personnes (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Etats-Unis)
Dirigeant et fondateur : Denis Ladegaillerie
Capital : 222 860euros
Levée(s) de fonds : 2Meuros en octobre 2007 (XAnge) et 4Meuros en septembre 2008 (XAnge/Ventech)
Actionnaire(s) : Denis Ladegaillerie / XAnge, Ventech, FastNet Investissement
Chiffre d’affaires 2008 : 6Meuros
Concurrents : Universal, Warner, Sony, EMIddd

Patricia KAAS, nouvelle star du web

28 January 2009 17:18

PostĂ© par Webentertainer Le 9 – janvier – 2009

Patricia KAAS - Cover KABARET

Patricia KAAS - Cover KABARET

Quand une star de la chanson française revisite le modèle économique du secteur de la musique enregistrée, sans se limiter à la musique en ligne, ça fait du buzz…

Après 20 ans de carrière discographique, Patricia KAAS prend des risques avec des stratégies de promotion et de commercialisation digitales originales et semble montrer à ses confrères que tout reste à faire sur le web.

En effet, depuis 2003 et son album “Sexe fort”, la mademoiselle qui chante le blues s’était faite discrète. Son retour avec l’album KABARET est fracassant et même surprenant d’inventivité.

Il s’agit, pour plusieurs raisons ci-après évoquées, d’une nouvelle démonstration selon laquelle le e-marketing est au service de l’entertainment et inversement !

Pour la promotion de son album, Patricia KAAS a beaucoup misé sur l’interactivité avec son public en faisant appel à plusieurs leviers du e-marketing :

1/ En créant un site dédié à cet album où le fan retrouve toute l’actualité de la chanteuse dans un design très soigné et efficace.

2/ En invitant l’internaute à s’inscrire à la newsletter de Patricia KAAS lorsqu’il accède à ce site dédié à cet album. Le label de l’artiste en profite donc pour collecter les coordonnées qualifiées de sa fan base. En outre, la validation de ses coordonnées renvoie le fan vers NOKIA MUSIC STORE qui propose gratuitement et en exclusivité 2 titres inédits de l’artiste.

En effet, NOKIA, partenaire officiel de la sortie digitale, a communiqué sur la sortie de cet album auprès de nombreux media online via des bannières publicitaires et des liens sponsorisés afin d’annoncer le lancement en France de son service de téléchargement digital.

3/ Patricia KAAS a également invité ses fans à participer au choix de son premier single via son Myspace puisqu’il est désormais impossible pour un artiste de ne pas entrer en conversation avec son public via les réseaux sociaux et communautés virtuelles. Il ne s’agit plus simplement de diffuser des messages sur le web, il faut désormais écouter la réponse de l’internaute et réagir.

Patricia Kaas – Clip “Et S’il Fallait Le Faire”
[dailymotion id=x7ogin]

Il y avait cinq extraits en compétition. “S’il fallait le faire”, “La Chance jamais ne dure” (une adaptation française d’une chanson de Hildegard Knef), “Solo”, “Kabaret” et “Le jour se lève” (une reprise de la chanson d’Esther Galil). C’est “S’il fallait le faire” qui a finalement été choisi, promu et clippé.

Pour la commercialisation de son album, Patricia KAAS a beaucoup misé sur l’exclusivité et l’évènementiel qui ont pour effet de créer du buzz en utilisant des acteurs de premier plan du e-commerce :

1/ Sa prioritĂ© Ă©tant la scène, elle a entamĂ© une tournĂ©e mondiale (novembe 2008 – dĂ©cembre 2009) dans une vingtaine de pays dont la Russie oĂą elle a sorti en dĂ©but d’annĂ©e un duo avec le groupe Uma2rman, “Tu ne tĂ©lĂ©phoneras pas”. Elle est Ă©galement devenue l’égĂ©rie de “l’Etoile” une chaine de cosmĂ©tiques et de parfums de luxe russe.

2/ Son nouvel album KABARET est distribué, dans le monde entier, uniquement sous forme digitale depuis le 15 décembre 2008, avec des bonus spécifiques à chaque boutique en ligne. Comme l’indique Leparisien.fr, “L’opération est inédite dans l’univers de la distribution de disques”. Elle a pu s’appuyer sur un gros plan media (presse, Tv, web et radio) pour en faire la promotion. BELIEVE est le distributeur exclusif de cet album (cette start-up est donc la seule à pouvoir le fournir aux différentes boutiques en ligne) et c’est elle qui a mis en place la stratégie de communication digitale pour l’occasion, en partenariat avec NOKIA. J’ai d’ailleurs très récemment effectué l’interview d’Arnaud CHIARAMONTI, l’un des 2 associés-fondateurs de cette jeune pousse et j’en prépare la rédaction au plus vite.

3/ Comme annoncé par OZAP, ce nouvel album sera vendu en CD en exclusivité chez vente-privée.com, pendant 1 mois à compter du 20 janvier au prix canon de 6 euros, avant une sortie ultérieure dans les réseaux traditionnels de distribution (Fnac, Virgin, Carrefour, etc…). “Kabaret” sera donc proposé directement auprès des membres de vente-privée.com en France, en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni tout en bénéficiant des deux objectifs principaux du leader français du e-commerce : le respect et la valorisation de l’image pour les marques partenaires de vente-privee.com ; la transparence et une décote exceptionnelle pour ses membres.

Pour l’occasion, Vente-Privée.com a mis en place un mini-site dédié avec interviews et clips exclusifs :

Là encore cette opération permettra certainement à Patricia KAAS d’être promue, dans des conditions d’élégance et de valorisation, via email à 7 millions de membres en Europe (cela valant bien une décote très importante du prix de vente qui est en moyenne de 15 euros pour un CD, qui sera largement compensé par les quantités vendues et les investissements marketing qui restent pour son label très légers) et à vente-privée.com d’acquérir de nouveaux membres en profitant du buzz online et offline prévisible de la vente de son album à prix sacrifié. On imagine que les ventes vont atteindre plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en quelques semaines.

Tout ceci est très innovant de la part d’une artiste connue et reconnue. On retrouve en général ce genre “d’ingénierie en e-business” pour des artistes plus jeunes et/ou moins connus, prêts à réaliser toutes les idées originales pour trouver un public. Il est par ailleurs inédit en France pour une artiste de cette importance de mettre en place une stratégie e-commerce multicanal de cette ampleur. Patricia KAAS se pose donc comme une artiste pleinement dans son environnement actuel : mondialisation , désintermédiation, numérisation, e-business, etc…

Il nous reste à observer les ventes physiques de l’album KABARET dans les semaines à venir, ainsi que le taux de réservation de ses concerts mais les ventes digitales de Patricia KAAS sont très bonnes et cela semble confirmer l’efficacité de la stratégie mise en place.

En effet, pour sa 1ère semaine d’exploitation en France, son album s’est classé 3ème meilleure vente digitale, juste derrière le rappeur ROHFF qui parallèlement classait son album physique à la 4ème place du Top IFOP avec près de 55.000 exemplaires vendus. Cela donne une idée de la valeur du score digital réalisé par Patricia KAAS.

Il est donc agréablement suprenant de voir une star telle que Patricia KAAS sortir des sentiers battus pour proposer des modèles innovants de diffusion payante de sa musique, basée sur le web mais pas limitée à la musique en ligne.

Comme le soulignent Philippe ASTOR lorsqu’il parle du dé-satisfecit des majors du disque qui se satisfont de l’offre légale de musique en ligne,  ou Borey SOK quand il constate que depuis 2007 aucun nouveau business model musical est né, aucun acteur majeur n’a su prendre de risque en 2008 pour proposer de service de musique en ligne innovant efficace.

Serions-nous entrés dans l’ère de la politique de l’autruche où tout le monde se cache en espérant tenir…. jusqu’au moment où les business models du futur auront été testés et approuvés ?